On parle souvent de ceux qui fuient l’échec. De ce qui préfère ne pas agir plutôt que risquer de ne pas réussir.
Mais on parle rarement de ceux qui fuient la paix. Ce n’est pas parce qu’ils sont masochistes, ce n’est pas parce qu’ils sont fous.
Le bonheur, le vrai, celui qui ne s’excuse pas, fait peur. Parce qu’il n’offre aucun abri.
Aucune raison d’être amer, aucune raison de se plaindre, aucune échappatoire. Juste… vivre.
Et beaucoup ne veulent pas de ça. Parce que vivre pleinement, ça oblige à tout assumer.
Tu veux comprendre pourquoi certaines personnes sabordent leur propre joie ?
Regarde du côté du ressentiment.
Dostoïevski en parlait déjà dans Les Carnets du sous-sol. Il écrivait que l’homme préfère haïr que d’être ignoré. Parce que la haine est une passion. Une énergie. Une identité, parfois.
Elle donne un rôle à celui qui en manque.
Mais le plus dangereux, c’est ce qui l’accompagne : le ressentiment. Le ressentiment, c’est la jouissance secrète qu’on tire de son propre malheur. C’est la voix intérieure qui dit : “Si je souffre, c’est que j’ai raison.”
Et donc : “Si je suis heureux… je n’ai plus raison.”
Alors oui, certains fuient le bonheur. Pas parce qu’ils ne le méritent pas, mais parce qu’ils ne savent pas encore qui ils seraient sans leur douleur.
Dan McAdams nous apprend comment se bâti l’identité. Et pour lui, la douleur peut intégrer l’identité et le récit d’une personne. Et changer une part de son identité, c’est douloureux. C’est tuer l’ancien narrateur. C’est plonger les deux pieds dans le vide
Jung parlerait ici d’inconscient en rébellion. Une psyché qui refuse d’intégrer le bonheur, car elle s’est construite autour du conflit. Et qui perçoit la paix comme une forme de trahison.
Tu crois que tu veux aller mieux. Mais parfois, tu veux juste que ton mal-être continue à t’excuser.
Alors, oui : certains fuient le bonheur. Pas parce qu’ils ne le méritent pas. Mais parce qu’ils ne sauraient plus qui ils sont sans leur douleur.